Les suites du tragique
accident du petit Maxence (juin 2002)
Bref rappel des faits
Sortant de son école et rentrant chez lui à vélo (Liernu, lundi 17 juin 2002)
dans une zone protégée, le petit Maxence GENETTE (6 ans), casqué, fut
fauché par une conductrice ivre (2.55 g pour mille d’alcool dans le sang !) :
peu avant l’accident et alors qu’elle était déjà au volant, elle s’était
arrêtée dans un supermarché, y avait acheté une bouteille de Porto qu’elle
avait promptement consommée. Elle conduisait (conduire sous-entend que l’on
est en pleine possession de ses moyens, ce qui était bien entendu loin d’être
le cas)une Mercedes Vito (plus proche du tank que de la voiture) qui
s’immobilisa 121 m. plus loin… Victime d’une hémorragie cérébrale,
Maxence ne survivra pas à ses blessures et décédera 5 jours plus tard au CHR
de Namur. La conductrice - Marie-Paule François, 51 ans au moment des faits, de Grand-Leez
(Gembloux) - fut
d’abord déférée
devant le juge d'instruction, placée sous mandat d'arrêt et, c’est la
moindre des choses, privée de liberté …très
temporairement (vous le constaterez plus loin).Fait troublant, et extrêmement choquant: elle avait déjà
fait l'objet d'un retrait de permis de conduire de 15 jours, en avril 2002, après
avoir été impliquée dans un accident (ce qui est plus grave que lors d’un
simple contrôle) avec un taux de 2,96 g. Chacun sera d’accord avec
nous : la Justice, si elle avait été moins laxiste en rendant à cette
femme son permis, aurait permis à Maxence de vivre sa vie de petit garçon et
de ne pas plonger ses parents dans le désarroi le plus total.
Voici pour les
principaux évènements du départ.
La suite …
Nous ne reviendrons pas sur les termes des audiences qui se déroulèrenten 2003 : nos colonnes, et les médias en général, y ont déjà
fait largement écho et les parents de Maxence ne nous en voudront certainement
de ne pas revenir sur ces pénibles séances en détails : nous retiendrons
seulement qu’il y fut largement question de peines alternatives (travaux
d’intérêt général) pour la conductrice, solution que rejetaient en bloc
Patrick et Françoise Genette : on ne pouvait leur donner tort car si les
PA sont effectivement acceptables et applicables dans bien d’autres cas,
n’oublions pas que nous sommes ici en présence d’un homicide qui n’a,
pour nous en tout cas, rien d’involontaire (on consomme rarement de l’alcool
sans vraiment le vouloir et se remettre au volant dans de telles conditions
n’est pas non plus l’effet du hasard). Humainement parlant, nous sommes également
très sensibles au fait qu’il s’agit d’un enfant de 6 ans, qui n’ira
jamais aux louveteaux, qui ne connaîtra jamais sa 1ère communion,
qui ne …
Au terme des audiences (5 février 2004), le juge Arnould condamnait l'automobilisteà 2 ans d’emprisonnement, dont
6 mois ferme et à une déchéance de 4 ans de son permis de conduire (pour
récupérer celui-ci, la responsable devra à nouveau se soumettre aux épreuves
nécessaires à l’obtenir).Déjà détenue
préventivement pendant 1 mois, il lui restait donc, THEORIQUEMENT
tout au moins, 5 mois à accomplir derrière les barreaux.Le sursis (18 mois) avait été, quant à lui, assorti à la condition
expressede se soumettre à une
guidance psycho-médico-sociale.
A ce moment du texte, je me permets de reprendre
in extenso ce que j’écrivais alors dans notre site (vous comprendrez pourquoi
par la suite) :
«… L’intéressée
brillant par son absence lors de l’audience, il ne faut pas être devin pour
savoir qu’il n’a pas été question d’arrestation immédiate.
C’est très important puisque dans la mesure où celle-ci a déjà effectué 1
mois de préventive, il lui en reste donc que 5 à accomplir. Or, il est de
notoriété publique que les peines de 6 mois et moins n’entraînent pas
l’incarcération directe lorsqu’elles sont ordonnées par un Tribunal de
Police (ce qui n’est pas nécessairement le cas en Correctionnelle).Alors, la verra-t-on un jour sous les verrous ? Le doute est permis … »
Au mépris de tout …
Ensuite, accrochez-vous ou asseyez-vous bien, c’est ici que nous révélons
toute l’horreur de l’affaire :
en effet, le 19
mars dernier, Mme François (pour rappel : libre, 1 mois de préventive
accompli), qui avait entre temps reçu son billet d’écrou, se présentait à
la prison de Namur pour y accomplir les 5 mois restants ; après 1h environ
de discussion,elle se retrouvait libre comme l’air !!! Les
parents de Maxence, littéralement effondrés (le terme est faible, croyez-nous)face à ce nouvel exemple de bêtise humaine au niveau de la Justice,
eurent connaissance de ce fait en juillet dernier et ce, après de multiples démarches;
en outre, il leur fut dit en substance :« les peines inférieures à 6 mois ne se prestent plus en raison de la
surpopulation dans les prisons ».Après tant d’efforts et
de sacrifices, Françoise et Patrick se trouvent subitement à bout, alors
qu’ils réussissaient seulement à sortir la tête hors de l’eau, mais dans
la ruine morale la plus complète.
Y a-t-il une ou plusieurs explication(s) à
cette incroyable ineptie ?
Puisque ni les parents de Maxence, ni notre
association ne sommes officiellement(?) informés de cette révoltante
situation, nous en sommes réduits à de pures hypothèses ; il s’agit en
réalitéde suppositions émises
par l’avocat verviétois qui vient fréquemment en aide au GAR. Nous n’en
retiendrons cependant que 2, les plus plausibles dirons-nous (elles sont
effectivement possibles dans notre système : elles restent, à nos yeux
tout au moins, assez ahurissantes en ce cas d’espèce) :
1) le Parquet envoie le billet d'écrou sans être
certain qu'à telle date, une place sera disponible dans la prison désignée.
La difficulté se précise peut-être parcequ'il s'agit d'une incarcération dans l'aile féminine de la prison où
les places sont plus comptées; en l'absence de place, le billet d'écrou est
suspendu et la convocation est reportée, mais non pas suspendue.
2) la chauffarde a été condamnée à 6 mois de
prison ferme.
En-dessous de 3 années, ce n'est plus le système de la libération
conditionnelle
qui peut intervenir (parfois au tiers de la peine) mais le système de la
libération provisoire. Pour les peines entre 4 et 7 mois, la libération
provisoire peut intervenir après 1 mois de détention, et je lis que la
chauffarde aurait donc déjà effectué ce mois ; la décision est prise
par le
Ministre de la Justice (ses services) sur avis du Parquet, et non par une
Commission de libération conditionnelle.
Pour
les parents de Maxence, il s’agit d’une véritable « escroquerie légale »
(et nous pesons nos mots) qui n’aurait évidemment pas cette importance s’il
ne s’agissait de la mort de leur petit Maxence. En effet, ils se sont battus
comme des lions pour que soient évités à la responsable des TIG (travaux
d’intérêt général) ou des PA (peines alternatives), soutenus en cela par
leur avocat et par le Premier Substitut, Maître J-M Delforge (notre asbl était
bien entendu favorable à cette volonté); soit dit en passant, lors de
l’audience d’octobre 2003, ce dernier s’était d’ailleurs exclamé :« qu’elle ne mette plus jamais
les mains derrière un volant !». On soulignera à ce propos que si
les époux Genettese sont bien
entendu démenés avec tant de force et tant de rage dans ce combat pour leur
fils, ce n’était pourtant pas là leur seul objectif : en effet, ils
auraient aussisouhaité que
l’accident de Maxence, et surtout la peine infligée au responsable (« la »
dans ce cas) fasse jurisprudence, ceci de manière telle que les accidents de
ce type soient tous jugés avec intransigeance, et non avec tant de mépriset de laxismeSur ce point également, force nous est de constater que
c’est un cuisant échec : la défaite n’est, bien sûr, pas à mettre
à leur compte, loin s’en faut, mais sur celui des représentants de la
Justice qui n’ont pas compris l’intérêt d’une plus grande sévérité en
matière de conduite sous influence et d’accident mortel.
Vous nous permettrez cependant une petite remarque : Me Kinoo (leur avocat)
qui, en principe, connaît la loi (ou, à tout le moins, est censé la connaître),
s’est bien gardé (ou a-t-il omis ?) de dire aux Genette qu’on aurait dû
tout faire pour que Marie-Paule François écope d’au moins 7 mois de
prison; en effet, dans ce cas, il y aurait eu davantage de chances qu’elle
accomplisse un séjour plus long derrière les barreaux. Cette constatation vaut
également pour le Juge Ph. Arnould qui avait déjà reporté un jugement du 6
nov. 03 au 27 jan. 04 pour que soit réalisée sur l’automobiliste
gembloutoise une enquête sociale(« pour la
faisabilité et l’opportunité d’une peine de travail », avait-il
alors dit).
Cela, c’est notre réaction à vif.
Cependant, nous nous devons de vous donner quelques unes des précisions apportées
par la suite par Me. Kinoo qui a répondu aux questions de Cécile
JACOB, elle aussi abassourdie ; nous vous livrons donc tout ou partie
des éléments en question (relevons néanmoins qu’il n’a donné ces
renseignements que suite à la demande expresse de notre Présidente : pour
nous, cela faisait partie de sa tâche d’en informer préalablement les époux
Genette) :
« …Lorsque
la décision du 05/05 dernier est devenue définitive, le service exécution des
peines, à la demande de M. Le Procureur du Roi de Namur, a délivré un billet
d’écrou pour la condamnation ferme …Généralement, compte tenu des directives
ministérielles… depuis 2002 (!), on n’établissait plus le billet
d’écrou pour les peines ne dépassant pas 6 mois de prison ferme, … Le
Parquet a toutefois estimé de son devoir de solliciter l’exécution de la
peine… Il m’a étéprécisé que depuis lors, quelle que soit la durée de la peine
effectivement prononcée, le service exécution des peines délivre systématiquement
un billet d’écrou.
Mme
François s’est donc présentée à la Prison de Namur,début mars, pour y exécuter sa peine. L’administration pénitentiaire
a toutefois fait application de la circulaire ministérielle de 2002 de M.
Verwilghen et a décidé de libérer provisoirement Mme François. » Et
Me Kinoo d’ajouter: « il s’agit de la stricte application des mesures
administratives, contre laquelle le pouvoir judiciaire est totalement impuissant
…
Ce
statut de libéré provisoire ne pourra être remis en cause que si le
Parquet a connaissance de nouveaux faits à charge de Mme François, lesquels
seraient alors dénoncés à l’administration qui pourrait revoir sa décision ».
Nous espérons que Me Kinoo ne nous tiendra pas rigueur de reprendre quasi in
extenso ce qu’il écrit en guise de conclusion : « Une
telle situation, où l’administration sur base de simples circulaires d’un
ministre, s’arroge le droit de ne pas respecter une décision de justice
prononcée, est évidemment scandaleuse ».
Alors, , depuis lors, nous avons rencontré Françoise et Patrick (entrevue également
rendue nécessaire pour le tournage d’une émission de la RTBF que vous verrez
prochainement sur les écrans). Il nous est sincèrement difficile, voire
impossible, de décrire l’état d’esprit de ces parents : ils ne
comprennent évidemment pas le pourquoi d’une telle décision et en sont plus
que révoltés. Ils sont littéralement scandalisés et surtout, désemparés et
abattus par cet inattendu coup de massue :« mais que doit faire un conducteur pour
subir une vraie peine de prison, qu’y a-t-il de pire que de tuer un enfant
dans ces conditions, … ? »,nous a dit en substance Françoise
peu après cette ahurissante nouvelle.
Pour
notre part, nous ne comptons pas du tout laisser aller les choses comme elles se
présentent actuellement : si moyen nous en est donné, nous
interpellerons personnellement Mme Onckelinckx, Ministre de la Justice, pour
qu’elle justifie la façon dont le cas de Mme François a été traité; plus
largement, nous en profiterons pour insister auprès des médias sur le fait que
les accidents de la route - avec conduite sous influence et mort d’homme
(d’enfant en l’occurrence) - sont, chez nous particulièrement, abordés
comme s’il s’agissait de banalités.Nous ne comprendrons jamais qu’un individu
ivre au volant en tue un autre, et qu’il ne risque qu’une sanction somme
toute, dérisoire : cela dépasse notre entendement (mais aussi, a priori,
celui de toute personne sensée) et nous souhaitons dénoncer publiquement de
tels procédés.
C’est
pourquoi sera (probablement) organisée en septembre prochain, une conférence
de presse au sujet des lacunes graves de la Justice dans cette affaire et, plus
généralement, de son désintérêt quasi total envers les accidents de roulage
tels que celui-ci. C’est inhumain pour ceux qui restent - les parents de
Maxence dans le cas qui nous préoccupe - sans parler de ses frères qui, plus
tard et en grandissant, se poseront plein de questions sans réponses si des
mesures radicales ne sont pas prises vis-à-vis de la criminalité routière.Est-il pensable qu’ils fassent réellement un jour le deuil de Maxence,
face à des autorités qui rangent au dernier rang les sentiments ou, plus
simplement, n’en tiennent pas compte ?
Ce
qui nous a frappé dans ce drame estl’énorme hypocrisiedes débats
puisque si au départ, l’on semblait beaucoup se préoccuper de l’immense
peine – et c’est peu de le dire - des époux Genette lors des débats, cette
façon de les leurrer honteusement par la suite nous a semblé tout bonnement écœurante.
Mme François : ce drame l’aura-t-elle guérie ?
Quant à Mme François, il apparaît que son alcoolisme ne date pas de hier,
bien au contraire. Elle a eu maintes occasions de se soigner, mais les « traitements »
(en fait, de l’assistance essentiellement, d’après ce que l’on a bien
voulu nous en dire) dont elle a fait l’objet par le passé ne sont jamais
venus à bout de sa déviance. Connaissant bien le milieu de ces individus
particuliers, votre serviteur se permet d’ajouter qu’elle risque bien
de ne jamais tenir la promesse qu’elle a faite d’arrêter de boire :
l’aide psycho-médico-sociale (si vous préférez : la guidance
psychosociale) à laquelle son sursis probatoire est assorti, ne suffira probablement
pas non plus à la persuader de l’abstinence totale de boissons
alcoolisées.Ne soyons pas définitif et laissons-lui
quand même une chance de s’en sortir puisqu’il existe des précédents.
Qu’elle fasse cependant attention au fait qu’en cas de non-respect de cette
clause de guidance, elle s’expose à une révocation dudit sursis, lequel déboucherait
sur un emprisonnement complémentaire aux 6 mois fermes.
Plus
que cela, je suis personnellement très sceptique (et cela n’engage que moi) sur le
fait que la mort du petit Maxence ait été le détonateur de sa prochaine
tolérance zéro. Ce raisonnement repose NOTAMMENT sur le fait
que tout au long de l’instruction, elle n’a manifesté ni regret, ni remord.
Et ceci est symptomatique d’une telle pathologie.
Quant à conduire à nouveau un véhicule, et si ce qui est écrit précédemment
se confirme, tremblons dès maintenant rien qu’à la seule idée de la revoir
au volant : en la matière, c’est la déchéance à viequ’il
fallait à Marie-Paule François.
Albert
GILLIQUET
Vice-président
du GAR
Ps : si Mme François lit ces lignes et s’indigne des propos tenus
quant à son alcoolisme,je suis prêt
à la rencontrer quand elle le souhaite !
C'est impensable, inimaginable, et surtout
inacceptable !!!!
Malgré tout ce qui a été dit et fait, je ne
parviens pas à comprendre comment cette libération est possible.
L'assassin de mon fils n'a eu "que" un
an de prison avec onze mois de sursis, donc un mois qu'il n'a jamais fait non
plus.
Mais comment, avec toute la médiatisation qui a
été faite autour du procès de Maxence, comment "la justice" ose
t'elle encore agir ainsi ?
Si il y a quelque chose que je peux dire, si il y
a un témoignage que je peux donner, si il y a une manifestation que vous
voulez organisée, n'hésitez pas à faire appel à moi.
On ne peut pas laisser passer une chose pareille
!!!
Toutes mes pensées pour les parents de Maxence.
Lydia
Injustice, révolte, colère, douleur, sont notre
vocabulaire au quotidien maintenant .
Je suis de tout cœur avec vous , ma fille ayant été assassinée par un récidiviste
.
Battez vous contre cette injustice. Cela nous épuise mais notre souhait
d'aller au bout de ce qu'il nous est possible de faire l'emporte. C'est notre
chair que l'on nous prend , sans aucune pitié.
Bien sincèrement