Le petit Maxence tué par une automobiliste ivre
Dans
l’éventualité d’un résultat négatif de l’enquête, chacun se demande
vraiment ce que décidera le juge. Comme d’irait l’autre, nous verrons mais,
simple avis personnel mais commun à d’autres, je n’y crois guère.
Soit.
Pour
réaliser cette enquête, un certain temps est évidemment nécessaire : la
prochaine est dès lors fixée au 27 janvier 2004 !
-
le juge n’était nullement obligé de demander cette enquête en faveur
des TIG : il aurait pu rendre son jugement immédiatement
-
si l’enquête se révèle positive, les TIG s’imposent quasi inévitablement
comme peine ; c’est donc une porte qui s’ouvre à d’autres peines
similaires pour des faits semblables
-
ils sont d’ores et déjà certains que cette enquête va se révéler
favorable
-
au niveau du jugement moral, il n’y aura rien avant le 27 janvier
prochain ; leur avocat précise que si le juge a finalement été clément
au pénal, il demande souvent davantage sur le plan civil (compensation ?)
-
dans l’éventualité d’un jugement le 9 octobre sans prévoir
d’enquête, l’avocat de la défense serait directement allé en appel
-
« combien d’individus faut-il tuer sur la route
pour effectuer de la prison et combien devront encore perdre la vie ? »
-
« La justice va donner un magnifique exemple à
tous les copains de Maxence : faites les cons plus tard sur la route et
vous n’aurez aucun problème »
-
« quelques dizaines d’heures de bénévolat :
Maxence ne vaut rien de plus pour la Justice »
Albert
GILLIQUET Vice-président
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Monsieur Gilliquet,
Par la présente, je me permets de réagir à
votre article intitulé "Le petit Maxence tué par une automobiliste
ivre - Tergiversations autour d’un crime ?", daté (par erreur,
sans doute) de novembre 2004.
Tout d'abord, vous devez savoir que je suis
évidemment profondément choqué par les circonstances de cet accident
tragique. Au même titre que je le suis en face d'accidents similaires qui se
produisent malheureusement trop régulièrement.
Vous parlez dans votre article de "l'avocat
de la défense, proférant des énormités pour innocenter sa cliente ou, tout
au moins, rendre sa peine moins lourde, la responsable de l’accident étant en
partie excusable.". Vous évoquez aussi la coupable, "cordialement
invitée à se soigner" ou "cherchant à se voir
infliger une peine autre que l'emprisonnement".
Je suis entièrement d'accord avec
l'indignation que vous manifestez face à cette situation. J'essaie moi aussi de
me battre contre cette manière de réagir face aux alcooliques. Mais en vain.
Avant d'aller plus loin, voici en quoi ce
drame me concerne.
Mon frère est alcoolique depuis de
nombreuses années. Comme tous les alcooliques (et certainement Marie aussi), il
suit régulièrement des "cures de désintoxication". En quoi cela
consiste-t-il? Les "psychiatres" passent un "contrat" avec
le malade (car l'alcoolique, même assassin, est d'abord un malade). Si
l'alcoolique boit durant sa cure (c'est-à-dire, si le malade se permet d'être
malade), il est purement et simplement mis à la porte. Même s'il n'a pas
de domicile! Un peu comme si le dentiste, après avoir ouvert une carie, décidait
de vous renvoyer chez vous, sans terminer son travail, sous prétexte que vous
avez mal.
Toutes ces cures (par ailleurs très (trop?)
courtes – 3 à 4 semaines) sont en effet basées sur la volonté du patient à
vouloir se soigner. Et rien n'est prévu en belgique lorsque le patient
n'a pas la volonté requise!!!!!! A ce moment, il rechute évidemment
dans l'alcoolisme (qui est toujours une maladie, connue des psychiatres qui relâchent
pourtant leur patient dans la nature). Le parquet et les magistrats appliquent
les mêmes décisions vis-à-vis de ces malades.
A ce stade, inutile pour un membre de la
famille d'essayer d'entrer en contact avec les médecins ou la magistrature. Ils
n'accusent même pas réception de votre courrier!!!
Reste une "solution": la colocation
(enfermement de force, durant une longue période). Impossible! Car il faut pour
cela respecter quatre critères. Deux de ces critères exigent que le malade
soit un danger pour lui et pour les autres. Les deux autres: qu'il ne veuille
pas se soigner, et qu'il n'existe pas d'autre solution que l'enfermement. Or,
tous les alcooliques à jeun expriment le désir de se faire soigner. C'est pour
cela qu'ils entament une cure, très souvent à de nombreuses reprises (aucun médecin
n'étant d'ailleurs au courant qu'un malade a déjà tenté en vain plusieurs
autres cures auparavant, dans d'autres établissements!!).
Selon les dires d'une infirmière aux
urgences psychiatriques d'un hôpital bruxellois, la "solution" réside
en ceci: sous l'emprise de l'alool, le malade se tue accidentellement. Ou bien,
il tue quelqu'un. Sa victime se retrouve alors au cimetière et le malade en
prison (qui n'est PAS sa place, même s'il a commis un acte grave).
Dans les deux cas, le problème des médecins et de la justice est résolu.
Dans certains cas, il faut reconnaître que
cela s'accompagne tout de même de mesures concrètes: ainsi, à Jette, il y a
peu, on a supprimé une bande de roulage sur un grand axe. Il n'en reste plus
qu'une. Cela fait pester des dizaines de conducteurs tous les jours, mais au
moins, l'alcoolique qui repassera par-là risquera moins de provoquer de nouveau
une catastrophe.
C'est évidemment révoltant.
J'ignore que faire et à qui encore
m'adresser.
Devons-nous nous résigner à perdre régulièrement
un petit Maxence? Ou un frère, même alcoolique?
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Monsieur DECOUX,
Contrairement à ce que vous avez pu croire, votre avis quant à l'alcoolisme a retenu toute mon attention et c'est précisément parce qu'il était digne d'intérêt que j'ai attendu d'avoir le temps pour moi-même vous donner mon point de vue personnel, en dehors (ou en plus) de mon article de novembre sur le site du GAR.
Pour des raisons personnelles que je ne compte pas développer dans le cadre de ce mail, je crois pouvoir affirmer que je connais bien le milieu de l'alcoolisme en général, et des alcooliques en particulier. Ce que vous affirmez est exact : même si peu de gens l'admettent (malgré les avis médicaux de la plupart des neuropsychiatres), l'alcoolique est avant tout un malade. Toutefois, c'est un malade particulier, qui ne reconnaît pas volontiers sa maladie et qui n'admet de se soigner que lorsqu'il est -parfaitement- à jeun; vous en parlez d'ailleurs très justement. Méfiance cependant : tout d'abord, le VERITABLE alcoolique n'est que rarement à jeun puisque par définition, il devient dépendant, ce qui l'incite à boire toujours davantage; s'il est vraiment atteint, croyez-moi (mais vous le savez certainement déjà), il se passe peu de temps dans une journée sans que l'alcoolique dépendant ait recours à l'alcool, quelle qu'en soit sa forme (bière, vin, apéro, alcool fort, mais aussi autres produits !). Ensuite, les périodes dites de "bonne volonté" ( injustement qualifiées aussi de "rémission"), au cours desquelles l'alcoolique désire se soigner, sont de plus en plus courtes. Je m'explique : pour beaucoup d'entre-eux, une fois franchi le pas de la Clinique qui les accueille avec leur accord, leurs bonnes résolutions s'envolent et ils n'aspirent plus qu'à en ressortir pour recommencer à boire. Les relâcher dans la nature est donc une très mauvaise solution puisque non seulement la malade n'est nullement guéri, mais en plus, les neuropsychiatres, les psychiatres et les médecins en général, savent pertinemment que l'individu (on devrait dire "le patient") représente un danger non négligeable tant pour lui que pour les autres : quelque part, c'est donc un acte criminel en soi.
J'en viens donc logiquement à la colocation. Ne nous leurrons cependant pas : ce n'est assurément pas la panacée universelle en matière d'alcoolisme car d'une part, les critères de ce type d'enfermement ne sont pas faciles à réunir (n'oublions pas l'avis de la famille !) et d'autre part, est-ce toujours humainement envisageable d'isoler presque définitivement et contre son gré un individu sous prétexte qu'il est un danger ou qu'il ne veut pas se soigner ? Personnellement, je ne le pense pas : si les dits critères ne sont que peu évidents à rassembler, la démarche morale, pour sa part, me semble elle bien trop simple.
En ce qui concerne les cures de désintoxication, je me permets de me montrer un peu moins catégorique que vous : on ne peut le nier, certains malades en sortent guéris et ne rechutent jamais. Par contre, au niveau du suivi, le bât blesse puisque si la volonté est absente, l'alcoolique a priori guéri fera exactement ce que lui dicte son cerveau à un moment donné : s'il en a vraiment envie, il reboira et lorsque l'on sait qu'un ex-alcoolique retouchant à la moindre goutte d'alcool, replongera inévitablement, on mesure l'inefficacité de beaucoup de cures.
S'il existe pas mal d'associations de soutien en Belgique (les AA, Vie Libre, Centre Alpha, ...), c'est encore une fois une question de volonté; en plus, je me dis que l'ambiance même des réunions de ces groupements peut déplaire à certains : il se peut que l'on n'ait pas envie de parler devant les autres de son mal-être, que l'on n'ait pas envie d'écouter les avis d'autrui , que l'on ait pas envie de tenir compte des conseils (parfois sujets à caution) des "animateurs", que l'on n'ait pas envie d'entendre différents témoignages provenant somme toute d'inconnus, pas envie de ceci ou de cela ... N'oublions pas qu'un alcoolique sortant de cure reste ou peut rester un individu fragile ou, en tout cas, fragilisé. Pour l'anecdote, mais ce n'est pas comique du tout et je n'en rie pas, certains alcooliques fraîchement issus de cure traversent une rue s'ils aperçoivent une seule enseigne de bière annonçant un lieu de consommation (café, restaurant, taverne, bar, ...) : c'est dire les précautions à parfois observer. Quoiqu'il en soit, ces groupements ont un aspect plus que positif puisqu'ils mettent ensemble des personnes désireuses de parler d'un mal qui leur est commun; et en parler constitue déjà une étape supplémentaire - voire ultime- vers la guérison définitive. Je connais personnellement des alcooliques qui auraient rechuté sans leur participation régulière à de telles réunions.
Enfin, un dernier élément qui va peut-être vous donner une lueur d'espoir : il existe des personnes alcooliques sur lesquelles plusieurs cures n'ont strictement eu aucun effet. Puis, subitement, apparaît un déclic, autrement dit un bref instant d'une journée quelconque au cours de laquelle l'alcoolique prend la décision de ne plus jamais absorber d'alcool, quelles que soient les circonstances. Inconsciemment ou non, il pose là un geste fort et, quoiqu'on en pense, lourd de conséquences de lui puisque sa vie va radicalement changer. Généralement, il s'y tient durablement, à condition que l'abstinence soit TOTALE (c'est la tolérance 0) sans laquelle il réveillerait rapidement son goût pour l'alcool ("appétence alcoolique") qui le reconduirait promptement dans la maladie. Quoiqu'on fasse, quoiqu'on dise autour de lui, ce moment n'appartient qu'à lui seul et n'est donc ni programmable, ni programmé. Les neuropsychiatres connaissent ce phénomène qui reste scientifiquement inexpliqué. On l'a maintes fois constaté; c'est ce que l'on appelle le MAGIC INSTANT. Ceci ne signifie nullement que l'individu est à jamais à l'abri d'une rechute, celle-ci dépendant d'une quantité de facteurs comme le caractère, la sensibilité, les facteurs extérieurs, l'entourage proche, ... Je pourrais vous en parler durant des heures ...
Je suis conscient de n'avoir en rien aidé votre démarche, vous avez simplement un autre point de vue. Toutefois, très sincèrement, je croise les doigts pour votre frère dont on peut espérer qu'il fera partie des individus visés par mon dernier paragraphe.
Bien à vous,
Albert GILLIQUET
ps : si vous le souhaitez, je reste ouvert à tout échange de courrier concernant votre frère et/ou l'alcoolisme en général; il se peut en effet qu'un échange de courrier soulage quelque peu vos soucis à ce niveau. Je l'espère sincèrement. N'hésitez donc pas à reprendre contact avec moi.
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