Les
enfants sous surveillance sont-ils vraiment en sécurité ?
Il ne se passe donc pas une seule semaine
sans qu’un nouveau drame de la route se joue. Je n’ai vraiment pas besoin
d’être attentif à l’actualité pour avoir matière à m’insurger.
Cette fois, ce sont les scouts fauchés par une
voiture à Clavier qui ont retenu mon attention et honnêtement, je suis presque
tombé assis par terre lorsque j’ai appris que ces jeunes d’une douzaine
d’années environ se déplaçaient à pied en couvrant toute la largeur de la
route. Et le(s) moniteur(s) dans tout cela ? On dira dans les médias que
ces turbulents enfants avaient « momentanément échappé à leur
contrôle, pour des motifs à déterminer ».Ben voyons …
C’est ainsi faire peu de cas des parents, tout
heureux de confier leur progéniture à de vrais responsables censés
protéger ces enfants et garantir leur sécurité en toutes circonstances.
Alors, j’ai lu –et écouté- ce qu’il en était précisément
au niveau de la formation des moniteurs. Première réflexion qui me vient en
les observant sur nos antennes : mon dieu, qu’ils sont jeunes, et c’est
tant mieux dans la mesure où de telles missions s’accommodent plutôt mal
d’un âge avancé. De plus, ils reflètent mieux l’idée préconçue
(dynamisme, débrouillardise, esprit d’initiative, …) que l’on se fait à
propos de ces mouvements. Mais d’un autre côté, leur jeune âge leur
permet-il de mesurer vraiment les risques encourus ? Sont-ils plus à
l’abri d’une erreur ? Peuvent-ils à eux seuls endosser tant de
responsabilités ? Les questions sont nombreuses et comme on le voit, leurs
réponses ne coulent pas de source.
Bien sûr, on leur apprend les premiers soins à apporter en cas d’incidents
ou d’accidents (piqûres d’insectes, coupures, brûlures, malaises, maladies
bénignes, …), la façon de faire régner une certaine discipline, apporter
aux jeunes un peu de réconfort en cas de cafard (ça leur arrive aussi), la
bonne méthode pour confectionner les nœuds, … Mais ils sont aussi
rigoureusement drillés pour que soient observées des règles de sécurité, et
notamment celles qui concernent les déplacements pédestres. En groupe, et même
si les enfants sont peu nombreux (une dizaine par exemple), l’idéal serait
qu’ils se déplacent en file indienne – toujours sur les accotements et
jamais sur la chaussée- et qu’ils soient entourés de deux moniteurs,
l’un en tête, l’autre en queue de peloton.
La réalité est parfois autre car en général, les petits (même à 12 ans)
sont peu conscients des dangers réels de la circulation : ils n’ont donc
cure des recommandations en la matière. Admettant ceci, il reste que dans le
cas qui nous occupe, la faute en incombe aux moniteurs, peu attentifs à l’éparpillement
des gosses sur la route. La 1ère erreur a bien entendu consisté à
ne pas presser les enfants à respecter une file, la seconde à n’avoir pas su
se faire respecter, eux et leurs éventuelles ( ?) consignes. Car celles-ci
restent un mystère : ont-elles vraiment été données (avec la sévérité
voulue, c’est à dire ni trop ni trop peu)ou, comme c’est trop souvent le
cas, s’est-on simplement dit qu’il en faudrait beaucoup pour qu’arrive
un véhicule?! Et celui-ci est arrivé, à vitesse raisonnable
dira l’enquête. Mais au vu des lieux, et particulièrement en considérant le
virage à droite masquant les enfants, la limitation de vitesse (90 km/h en
l’occurrence) était bien excessive : le conducteur était-il alors maître
de son véhicule ? Il n’avait pas bu certes mais cela n’excuse pas
tout.
Alors, on a parlé de « malheureux concours de circonstances ».Ne trouvez-vous pas que c’est un peu court comme explication ? Même
si une gamine (la plus sévèrement touchée) ne meurt pas dans l’accident, il
reste que faireune confiance
presque aveugle à des individus peu conscients de leurs responsabilités relève
de la roulette russe ; la vie d’un enfant n’a pas de prix et
c’est une grave erreur de la confier aveuglément à certains moniteurs
distraits, désinvoltes ou peu respectueux des règles en vigueur..
C’est triste et même si les
accidents graves sont peu courants dans tous ces mouvements (c’est que l’on
va me rétorquer), celui-ci est un de trop ; de surcroît, il est
symptomatique de l’insouciance et de l’inconscience des enfants et … des
plus grands.
Ce
samedi 2 août, nous venons d’apprendre le décès de la fillette (12
ans), fauchée dans cet accident et dont nous parlions plus haut. Même
s’il y a peu de chances qu’ils nous lisent (ils sont en effet
d’expression flamande), que ses parents reçoivent ici l’expression
de nos condoléances les plus émues et les plus sincères. Ceci n’enlève
rien aux propos de l’article que vous venez de parcourir, au contraire :
en dehors de tout élément de formation des moniteurs scouts (et de
tous les autres mouvements du genre), il importe davantage d’insister
sur les responsabilités qu’ils vont devoir assumer. Malheureusement,
cet aspect ne s’apprend pas : c’est de nature qu’on mesure
ou pas l’importance de ce genre de missions bénévoles…