Conduisant sans permis, il a mortellement fauché un cycliste
LUTTRE Tuer quelqu'un en conduisant en état d'ébriété
relève véritablement de l'assassinat. Mais malgré tout,
certains arrivent encore à prendre le volant complètement
saouls, mettant en danger la vie d'innocentes victimes. Mercredi
soir, un drame semblable s'est joué à Luttre.
Jean-Marie Meys, 50 ans, clarkiste chez Colruyt, revenait
d'une balade à vélo avec son groupe d'amis. Après avoir quitté
son dernier compagnon de route, Jean-Marie s'est dirigé vers
son domicile de Pont-à-Celles. Il n'est jamais rentré chez
lui.
En effet, alors qu'il venait d'emprunter la rue Fromiée à
Luttre et qu'il s'apprêtait à aborder un virage en L, un
chauffard a fait irruption dans l'autre sens à bord d'une
vieille Opel Kadett. Le fou dangereux a alors doublé une
camionnette en pleine courbe et s'est retrouvé face à face
avec Jean-Marie.
Dans un fracas de tôles, le cycliste a été projeté à une
vingtaine de mètres de là pour s'affaler sur le bas-côté. Le
véhicule, dont le toit a été complètement défoncé, s'est
immobilisé à ses pieds, les traces de freinage étant décelables
sur plus de quinze mètres... mais après le point d'impact.
Une infirmière a donné les premiers soins à Jean-Marie
Meys, détachant son casque et enlevant le morceau de dentier
qui s'était cassé en deux dans sa bouche. Les secours l'ont
conduit au CHU carolorégien où il est décédé de ses
blessures (mâchoire déboîtée, bassin fracturé, etc.).
Les policiers ont écarquillé les yeux en regardant l'éthylotest
de cet inconscient virer au rouge. Pire, ils ont constaté que
cet individu, possédant un casier judiciaire très étoffé,
conduisait sans permis.
Apparemment, le propriétaire du véhicule et le chauffard
venaient de se faire éjecter d'un café où ils s'étaient
saoulés avant de chercher bagarre. Dans sa bêtise, le détenteur
de la voiture avait donné les clés du véhicule sans broncher
à son compagnon, devenant en quelque sorte complice du
massacre.
Mais ce qui reste en travers de la gorge de tous, c'est que
le chauffard a été relâché dès hier alors qu'il est
responsable de la mort d'un homme. Dans certains pays voisins,
on sanctionne fermement ce genre de faits mais en Belgique, il
semble que l'on soit encore laxiste.
5 ans de prison dès novembre
BRUXELLES«A Bruxelles, quand un
automobiliste tue quelqu'un en état d'ivresse, le
parquet requiert un mandat d'arrêt», commente un
magistrat de la capitale, réagissant aux faits survenus
dans la région de Charleroi.
Chaque parquet, chaque magistrat peut apprécier la
situation sur le terrain et requérir ou non un mandat
d'arrêt auprès d'un juge d'instruction, seule personne
qui a le pouvoir d'incarcérer avant jugement.
Actuellement, un automobiliste qui tue quelqu'un au
volant de sa voiture - on parle ici d'homicide
involontaire - risque une peine de 3 mois à 2 ans de
prison. Le juge peut aussi prononcer une déchéance du
droit de conduire de 8 jours à 5 ans. Cette déchéance
peut être plus longue (à vie si nécessaire) en cas de
récidive dans les 3 ans. Et le juge peut aussi imposer
à la carte des examens (théoriques, pratiques,
psychologiques, médicaux) avant de rendre le permis.
La loi Durant, qui entrera en application dès le 1er
novembre normalement, va renforcer les peines prévues
pour les accidents avec homicide ou blessure.
En cas de mort, l'automobiliste responsable pourra être
condamné à une peine de 3 mois à 5 ans de prison
(contre 2 ans maximum aujourd'hui). Dans le cas
d'accidents avec blessé(s), la peine pourra aller
jusqu'à 1 an de prison. Nouveauté: cette barre d'un an
permettra au parquet de requérir, dans les cas graves,
une incarcération préventive, ce qui n'est pas légalement
possible aujourd'hui.
D'un autre côté, cette même loi Durant fait
disparaître une série de peines de prison (jamais
appliquées) liées à des faits moins graves. La règle
sera désormais de privilégier de vraies interdictions
de conduire.
Pour la famille, «une décision
incroyable»
LUTTRE Ivre, sans permis, connu de la justice comme
un malfrat notoire et responsable d'un véritable carnage.
Comment peut-on relâcher un tel individu dès le lendemain de
son crime? A Charleroi, il n'arrive presque jamais qu'un
chauffard, même s'il a tué, soit placé sous mandat d'arrêt.
Cela se passe par contre lorsque l'intention de meurtre est présente
ou quand le suspect commet un délit de fuite.
En ce qui concerne la mort de Jean-Marie Meys, le parquet a
simplement constaté l'homicide involontaire mais n'a pas placé
le responsable sous mandat d'arrêt. On peut s'indigner, mais
la loi n'y oblige pas. Seule sanction qui l'attend, et encore,
pas dans l'immédiat : un jugement au tribunal de police et
une éventuelle peine de prison.
Assurément trop courte à côté de la souffrance endurée
par la famille de la victime. «Ce sont toujours les
innocents qui paient dans ces cas-là», explique le
beau-frère de Jean-Marie, digne dans la tristesse. «C'est
incroyable que l'on relâche ce genre de personnes qui,
par-dessus le marché, se foutent de ce qu'ils ont fait.»
L'épouse du malheureux raconte avec grande peine
l'angoisse de mercredi soir. «L'heure tournait et il ne
revenait pas. Je savais qu'il n'avait pas ses papiers sur lui
et on a fini par téléphoner aux hôpitaux où on nous a dit
qu'il avait été renversé par un chauffard. Il est mort
durant la nuit.»
Pour l'instant, la veuve ne trouve pas encore de mots pour
exprimer ce qu'elle ressent envers celui qui a tué son mari.
Nous, on en a pour elle: impunité et injustice.
La totale incompatibilité existant entre la consommation
d’alcool et la conduite automobile n’est plus à démontrer. Ceci vaut bien
entendu pour les personnes dites « normales ». Malheureusement,
quoique l’on fasse et quoique l’on dise, il restera toujours une minorité
( ?) d’inconscients qui braveront cette incontestable vérité, et
prendront la route en ayant exagérément consommé.
Pour tous ceux qui l’ignoreraient encore, c’est un bien triste accident qui
s’est déroulé à Luttre ce jeudi 22 mai dernier : Jean-Marie, 50 ans,
rentrait paisiblement chez lui à vélo ; il ne reverra jamais son domicile
de Pont-à-Celles : un chauffard ivre et sans permis,(19 ans),déjà bien connu de la Justice, l’a fauché et mortellement blessé.
Inutile d’énumérer chaque détail de l’accident, c’est vain, stérile et
désormais superflu puisque le drame a bel et bien eu lieu. Pour la famille, on
se doute que c’est un drame : on serait atterré à moins. C’est
effroyable, et de surcroît, dans de semblables conditions : un fou de 19
ans, dont le casier judiciaire n’est pas triste, vient, en une seconde, de réduire
à néant toute une vie, toute une famille ; le fils de la victime (20 ans
à vue de nez) a pu, malgré sa peine, donner à la télé un bien pénible témoignage,
celui d’un garçon qui a perdu celui qu’il chérissait par dessus tout, mais
aussi – et peut-être surtout- celui qui a été la cible d’un inconscient,
bourré comme un porte-avions et en liberté sur la route, au volant de l’auto
d’un copain, devenu passager.
Alors penserez-vous, le Vice-président va encore faire son petit couplet
habituel sur la tolérance 0. Vous vous trompez.Comme bien d’autres et comme
la famille de Jean-Marie surtout, je ne comprends pas que l’individu
responsable ait été remis en liberté dès le lendemain de l’accident, sans
autre forme de procès.
Ceci s’explique ainsi : chaque parquet, chaque
magistrat est libre d’apprécier la situation (entendez « sur le
terrain ») et requérir ou non un mandat auprès d’un juge, qui demeure
le seul à décider de l’incarcération avant le jugement. On parle
aujourd’hui d’homicide involontaire lorsqu’un automobiliste tue au
volant de sa voiture. Quant à la peine dont pourrait écoper le
responsable, elle va de 3 mois à 2 ans de prison, la déchéance du permis
s’étalant pour sa part de8 jours à 5 ans. En cas de récidive
endéans les 3 ans, cette déchéance peut être accrue, à vie si nécessaire.
Consciente que ces peines sont rarement (voire exceptionnellement, et même
jamais) appliquées, Isabelle DURANT a fait voter (alors qu’elle était encore
en poste, si vous voyez ce que je veux dire …) une loi qui prévoit, dès
le 1er novembre prochain, un renforcement considérable des
peines prévues pour les accidents avec homicides ou blessures. En cas de mort,
le maximum sera (enfin ?) fixé à 5 ans (pour 2
actuellement); en ce qui concerne les accidents comportant un ou plusieurs blessé(s),
la peine pourra atteindre 1 an de prison. Et précisément, dans les cas
graves, le parquet pourra demander une incarcération préventive, ce
qui n’est pas le cas aujourd’hui. On se dirige vers de réelles
interdictions de conduire, au détriment d’une volée de peines de prison, qui
ne sont d’ailleurs jamais appliquées.
On l’a maintes fois dit et écrit : pour le GAR (et pour votre serviteur
en particulier) ,tuer quelqu’un en état d’ébriété est un acte assassin.
On peut légitimement fonder certains espoirs dans cette prochaine réglementation :
ce qu’il s’est passé à Luttre est surréaliste et dépasse
l’entendement. Que tous ces criminels soient dignement punis : non
seulement, ceci mettra un peu de baume au cœur des familles des
victimes, mais en plus, sera (peut-être ?) de nature à décourager ceux
qui pensent qu’un peu d’alcool n’a jamais fait de mal à personne, même
au volant.
Toutefois, rappelons-nous que nous sommes en Belgique et que par nature, le
Belge trouve toujours le moyen de contourner une loi. En plus, nous attendons de
nos magistrats qu’ en la matière, ils deviennent rigoureux ou sévères, et
appliquent au pied de la lettre et sans compassion, ce que prévoient
explicitement les textes.