MAIS OU SE PLANQUAIENT-ILS DONC ?

Janvier 2004

 

Réveillon de la St. Sylvestre 2003-2004

                                               Mais où se planquaient-ils donc ?

 

Pour la 4ème année consécutive, le GAR (en collaboration avec RED et NDSR) a organisé, durant ce dernier Réveillon de la St. Sylvestre, son service de retour à domicile (Routy Service). En quelques mots et pour celles et ceux qui l’ignoreraient encore (?), l’action, exclusivement  menée par des bénévoles, consiste à rapatrier chez elles des personnes qui ont peut-être un peu trop arrosé l’événement. Dans le présent article, il n’entre pas dans nos intentions de redéfinir ce qu’est la limite légale permise (taux d’alcoolémie au-delà duquel l’automobiliste est en infraction s’il conduit), ni de nous étendre une ixième fois sur les dangers de la conduite en état d’ivresse. Nous en avons moult fois parlé mais nous y reviendrons, c’est d’ores et déjà certain.

 

Outre le fait que ce Routy Service a rencontré un très vif succès (198 personnes reconduites avec 8 véhicules), nous avons également été très surpris par son extension géographique : il serait facile de dresser un inventaire quasi exhaustif  de l’origine des demandes, donc des  communes d’où émanaient les réservations (Liège, Bassenge, Fouron-le-Comte, Neuville-en-Condroz, Flémalle …, sans compter un appel de … Lokeren !). C’est la traduction d’une « publicité » accrue et mieux orchestrée,  afin de ne plus confiner ce service à la seule région verviétoise et à ses alentours immédiats. Mais nous voulons surtout y voir l’intérêt croissant du public en faveur de ce genre d’action : en effet, il est désormais acquis que la population se rend (enfin ?) mieux compte des dangers de la consommation d’alcool au volant, et les accidents dont elle est la cause frappent les esprits bien davantage qu’il y 4 ans par exemple. Il faut dire que la campagne Bob de l’IBSR y est assurément pour beaucoup. En ce qui concerne le GAR, nous nous félicitons de notre collaboration avec les RYD qu’on ne présente plus : ceux-ci orientaient vers nous certains appels de la région liégeoise, l’inverse étant vrai pour les zones que nous ne couvrions pas.

 

Gros bémol à ce tableau idyllique : au-delà de toutes ces considérations, nous restons convaincus de l’énorme importance de la police en matière d’alcool : si l’accident d’autrui peut faire réfléchir, l’amende, elle, décourage car comme me disait le Commandant de Nève « c’est en allant dans le portefeuille des gens qu’on peut parvenir à les toucher ». Cette conclusion, pour simpliste qu’elle paraisse de prime abord, n’en est pas moins très vraie : si le prix de quelques bières (env. 5€ pour 4 verres (par exemple) ne représente presque rien dans un budget, celui d’une amende (disons 125€ au min.) par contre est susceptible de créer un véritable trou (un gouffre ?) dans la majorité des prévisions financières,  optimistes ou non.

 

La police en est très consciente et si elle use de la sensibilité des téléspectateurs par des images d’accidents (surtout en période de fin d’année), elle compte également beaucoup sur l’aspect financier de la question pour décourager les consommateurs : ceux-ci acceptent facilement les dépenses propres à fêter une St. Sylvestre, pas celles d’une infraction en résultant.

 

Or, que constate le GAR ? Il est aussi formel qu’ébahi : sur 4 ans, aucun bénévole participant au Routy Service (donc conducteur de véhicule multiplaces) n’a été contrôlé, qu’il s’agisse d’alcoolémie ou d’autre chose ; une seule exception, l’année dernière lorsque l’un de nos bénévoles, arrêté, a dû souffler : son taux était évidemment nul et ayant ajouté un franc (trop peut-être ?) « manquerait plus que ça ! », le policier a cru bon - probablement pour trouver au moins une infraction à tout prix -  de vérifier complètement les documents de bord, en vain d’ailleurs.

 

Cette année, le kilométrage parcouru par l’ensemble de nos véhicules au cours du dernier Réveillon s’est élevé à 1800 km, tandis que les zones téléphoniques couvertes étaient les 087, 04 et 080. Cela fait quand même beaucoup de trafic pour une absence totale de contrôle. En outre, le témoignage de JM PIROLI (responsable RYD) est cinglant : « la police, où était la police ?! Pas de contrôle, rien de
rien. J'ai parcouru beaucoup de km cette nuit là dans la région de Marche pourtant réputée pour les accidents et je n'ai rien vu 
». Malgré notre habitude relative de ce genre de pratique, nous restons consternés face à cette carence des autorités.

 

Personnellement, cette situation me paraît presque surréaliste : d’un côté, pendant 2 mois, les médias de tous ordres nous assomment à grands coups d’images chocs ou de messages prétendus efficaces, avec des hommes en bleu pour en accroître la portée et l’effet;  d’un autre, durant la nuit du 31/12 au 01/01, les usagers (pour la plupart rentrés sans encombres) se réjouissent, goguenards, de les avoir évités ! Pas difficile, puisqu’ils étaient absents.

 

Face à notre étonnement, M. Marc D’HELT (Président de l’European Police Association) nous écrit ceci : «… il avait été annoncé que les contrôles d'alcoolémie allaient avoir lieu également pendant la journée, et ceci explique peut être le pourquoi vous n'avez pas vu de contrôles pendant la nuit ( dans cette partie là de la province). Il faut comprendre que  des contrôles en journée et la nuit plus les tâches courantes (et elles sont plus nombreuses ce jour et cette nuit de réveillon) demande une grande mobilisation de policiers, la zone dans laquelle vous travaillé, ne manque t'elle pas de personnel ?, comme la plupart des zones ». Admettons mais alors, ce manque d’effectifs est flagrant toute l’année : il l’a déjà écrit dans ces colonnes précédemment, votre serviteur, sur env. 1 million de km parcourus,  a été contrôlé 1 seule fois en près de 26 ans de conduite ! Et ce n’est guère exceptionnel puisque beaucoup de personnes proches (dont certains membres effectifs du GAR) vivent la même situation.

 

Pour en revenir à cette fameuse nuit, j’avoue humblement ne pas comprendre. Le raisonnement de l’automobiliste qui sait qu’il va fêter ce changement d’année et boire, peu ou beaucoup, est souvent le suivant : « Pour fêter ça, je dois être en pleine forme pour la soirée ; je ne bois donc pas (ou peu ou pas du tout) dans la journée du 31 pour arriver clean à 20 – 21h ». Par conséquent, ce n’est pas vraiment la journée du 31/12 qu’il importe de procéder aux contrôles.

 

Un autre élément me semble grave dans cette « logique policière » : nous perdons de vue que le contrôle n’est pas une fin en soi puisque ce n’est jamais qu’un outil de prévention, quoiqu’on en dise. Que devient là-dedans le but ultime, à savoir la réduction du nombre de drames routiers ? Heureusement, elle se concrétise toujours plus d’année en année, mais ce n’est pas uniquement grâce à la Police que nous la percevons : elle est surtout le fait des individus, toujours davantage conscients que la consommation d’alcool est incompatible avec la conduite d’un véhicule. Pour parler franc, nous pensons également que des asbl telles que les nôtres (GAR, RED, NDSR,…) sont quelque part à l’origine de cette diminution du nombre d’accidents. D’ailleurs, elles n’auraient jamais vu le jour si le besoin ne s’en était cruellement fait sentir … Alors, il importe d’être clair : ce n’est pas la Police qui est à la base de cette responsabilisation ; celle-ci a un rôle, important certes, de prévention et/ou de répression (la peur du « gendarme » existera toujours). Les usagers sont de plus en plus souvent confrontés aux tragédies de la route : leurs parents, proches, amis, … en sont victimes et partant, ils se disent que tôt ou tard, cela peut leur arriver. Celui qui ouvre quotidiennement son journal, écoute la radio ou regarde la TV, en découvre suffisamment que pour être quasi dégoûté de prendre la route ; c’est exagéré, je sais, mais c’est une image et je parle seulement d’individus « normalement constitués ».

 

Les fidèles qui ont le courage de me lire chaque mois vont encore me reprocher d’être excessivement long ; je terminerai donc par 2 « refléxions-bateau », de l’acabit de celles que je n’apprécie pas vraiment ; elles prennent cependant ici toute leur valeur :

 

  1. Le Ministère de l’intérieur n’a pas (ou ne se donne pas) les moyens de sa politique,
  2. La sécurité routière semble demeurer une préoccupation mineure pour les autorités ; c’est une grave erreur.

 

Qui que vous soyez, avant d’écrire pour montrer votre désaccord avec cet article, réfléchissez à ces 2 dernières lignes ; tout compte fait, ce n’est peut-être si « bateau » que cela.

 

 

Albert GILLIQUET

Vice-Président

 

 

 

Pour réagir à cet article :

 

 

 

Albert,

 Je viens de lire attentivement ton article, j'avais déjà réagi par l'intermédiaire d'un mail à Cécile.
 Pour être franc j'avais réagi a son mail mais après lecture de ton courrier,  je te rejoins sur la plupart des points.
 Concernant les contrôles de cette nuit de Nouvel-An, je suis très déçu de
la  réaction de la police et de son manque flagrant d'activité (du moins dans  ma zone).
 Les années précédents j'avoue avoir été contrôlé a plusieurs reprises mais  contrairement aux chiffres je constate pour ma part une diminution...j'ajoute que je fais 80.000 km par an donc je sais un peu de quoi je parle.
 Il est clair également que nos associations jouent un rôle important, mais pas toujours reconnu pleinement, dans la diminution des accidents. Certains pensent que je suis un adversaire de l'IBSR mais je dois préciser que je suis un adversaire dans sa forme actuelle, les statistiques c'est bien mais les actions de terrain c'est mieux!!!
 Les différentes campagnes de pub de l'ibsr sont à mon sens obsolètes dans le fond et dépassées dans la forme. Je défie un automobiliste de bien comprendre le sens des affiches tant les  messages sont peu visibles. J'ai du me battre pendant un an pour faire comprendre a ces messieurs une  chose qui te fera tomber de ta chaise si tu n'est pas bien installé...sais
 tu que pendant un an j'ai demandé que l'IBSR (normalement national et non flamand) envoie des personnes FRANCOPHONES ou au moins PARLANT FRANCAIS...dans la partie francophone du pays!!!
 J'ai pu constaté lors d'actions menées par nous a Namur que l'ibsr nous  envoyait systématiquement des personnes exclusivement néerlandophones...pour  une sensibilisation a des jeunes Namurois j'ai connu mieux!!
 Je dois te dire que je quitte la Belgique avec soulagement quand je
constate ce genre de conneries.

 Bien sur tout n'est pas noir et, la comme ailleurs, beaucoup de personnes travaillent parfaitement, ne généralisons pas mais parfois, ayons le courage de dénoncer.
 Pour terminer (désolé d'avoir été long) je te rejoins et je souhaite que  nous puissions faire passer ce genre de messages sans nous fâcher avec quiconque ce qui est contre-productif.

 Merci et a bientôt

 Bien à toi

 

Jean-Marc Pirolli

 

 

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