Je suis parfois quelque peu découragé : vraiment, lutter en faveur d’une amélioration de la sécurité routière n’est décidément pas une tâche facile, chez nous surtout. Que ceux qui me connaissent un peu (ou davantage) ne se tracassent pas trop : ça passe toujours, merci.
J’en suis parfois à me demander si cela en vautla chandelle car comme la plupart des membres du GAR, et autres associations poursuivant un même but, nous avons trop souvent pénible sentiment de prêcher dans le désert : toutes ces victimes de la route semblent bien peu de choses aux côtés des centaines de morts de l’Irak dont, et c’est normal, les médias nous abreuvent quotidiennement.
Est-ce que cela sert vraiment à quelque chose de faire de la prévention comme nous en faisons depuis 3 ans ? Est-ce que cela sert à quelque chose de demander aux usagers de ne plus conduire sous influence ? Est-ce que cela sert à quelque chose de ramener chez eux les conducteurs qui ont abusé d’alcool ? Est-ce que cela sert à quelque chose de demander aux politiques compétents de voter des aménagements susceptibles de réduire le nombre de drames à tel ou tel endroit ? Est-ce que cela sert à
quelque chose de …?
Lorsque l’on compare à ce qu’il se passe en France par exemple,dans ce domaine tout au moins, il est évident que nous sommes à la traîne, c’est le moins que l’on puisse en dire : le Président Chirac, en personne, n’a pas peur de pousser un coup de gueule pour faire entendre son avis ; doit-on rappeler que c’est lui qui, le premier et le plus fort, a parlé publiquement de « criminalité routière », faisant ainsi
allusion aux usagers coupables d’infractions aux conséquences mortelles, ainsi qu’aux récidivistes. Les parlementaires ont suivi, dénonçant sans hésiter les lacunes du système et proposant des mesures concrètes susceptibles de déboucher sur un réel assainissement de la sécurité routière sur leur réseau. En Belgique,on imagine assez mal notre illustre (?) premier prendre la parole sur ce thème en lieu et place d’Isabelle DURANT, ou avant elle.
Cependant, quoiqu’il arrive, nos associations tiennent bon et continueront d’effectuer leur tâches avec la conviction qui est la leur. Il reste que c’estanormal que c’est d’abord, ou seulement, vers elles que se tournent les usagers lorsque quelque chose ne va pas. Si l’on prend l’exemple – qui nous est cher il est vrai- des familles de victimes, nous avons le sentiment qu’elles sont découragées, voire dégoûtées, de s’adresser aux organismes officiels.
Maintenant que j’ai écrit ces quelques lignes sans prétention, je me sens beaucoup mieux. Comment en effet bouder sa satisfaction lorsqu’une famille dans le désarroi vient vous dire « merci de tout notre cœur pour votre soutien », lorsqu’un usager porté sur la boisson a pu prendre conscience du danger qu’il représentait en réfléchissant à nos conseils, lorsque des étudiants du secondaire ont retenu les leçons qu’on leur a distillées à propos de conduite sous
influence, lorsque les habitants d’une rue se montrent ravis de la sécurisation d’un théâtre de drames que nous avons proposée, lorsqu’un étudiant a pu achever son travail de fin d’études grâce à notre aide, lorsque des courriers ou des coups de fil nous parviennent, exprimant l’étonnement devant notre vitesse à (bien) répondre aux demandes de renseignements, lorsque …
La liste est longue et, contrairement à ce qui a étédit en 1ère ligne, c’est quelque part positif et gratifiant de travailler en faveur d’une meilleure sécurité routière en Belgique. Et même si je ne peux rendre service qu’à 10 personnes seulement sur 10 millions d’âmes, je continuerai … et le GAR suivra aussi, faisant face à quelques périodes d’un découragement légitime et normal.