Collaborateur du GAR depuis un certain temps, je
participe régulièrement au suivi d’accidents graves comportant mort(s)
d’enfants. Les audiences des tribunaux sont le plus souvent à la limite du
supportable, surtout en ce qui concerne les parents des victimes. C’est une étape
nécessaire pour l’établissement des responsabilités mais pour eux, il
s’agit le plus souvent d’une réelle épreuve, ne serait-ce que parce que la
partie adverse tente le plus fréquemment de rejeter les torts sur le(s)
disparu(s).
Et c’est précisément ce point qui me heurte le
plus, à côté évidemment du caractère solennel – voire sinistre - de
certaines séances.
Dernièrement, j’ai ainsi eu l’occasion
d’assister à une séance d’un procès au cours duquel le conducteur
responsable a, en quelques mois seulement,
changé de version des faits à 3 (trois) reprises, alors que tous les éléments
de l’enquête ne laissaient planer aucun doute quant à sa responsabilité.
Comme on s’en doute, c’est aussi le rôle de son avocat de chercher puis de
dénoncer les arguments susceptibles de désigner la victime comme étant à la
base de l’accident (en d’autres termes, le responsable de sa propre mort).
Par
plaidoiries interposées, il devenait tout d’un coup question de vitesse
excessive, de mauvaise visibilité, de freinage inapproprié (il s’agissait
d’une moto), bref un ensemble d’éléments purement techniques nés d’une
seule raison : la fuite des
responsabilités est bien la clé de longues discussions et débats
qui ne font qu’ajouter à la peine des parents : ceux-ci voient en effet
en toutes ces accusations l’occasion de salir plus encore la mémoire de leur
enfant disparu ; de plus, cette façon de procéder ne fait qu’accroître
leur désarroi puisque les reports d’audience en vue du verdict final
transforment le procès en un interminable supplice. En quelque sorte, c’est
une torture insupportable à laquelle ils doivent faire face et, croyez-moi, la
dépression est monnaie (très) courante chez eux.
N’allez surtout pas imaginer que cet exemple est un
cas isolé. Assumer ses
responsabilités en cas d’accidents est désormais devenu une denrée rare.
Les raisons d’un tel comportement sont nombreuses et bien plus complexes à
analyser qu’il n’y paraît, bon nombre de facteurs entrant en effet en jeu.
Je crois personnellement que cette attitude repose essentiellement sur 3 points :
-
il est quand même plus aisé d’accuser une victime qui
n’est plus là pour donner sa version des faits, malgré l’éventuelle compétence
de son avocat ;
-
le seul risque à courir est qu’en finalité, le verdict
(donc la peine infligée) soit moins lourd (l’acquittement étant idéal pour
le présumé coupable) ;
-
un casier judiciaire vierge restera toujours moins lourd à traîner
dans le futur : on ne sait jamais ce que réserve l’avenir, n’est-ce
pas ?.
Quoiqu’il en
soit, comme on le voit, il n’est en aucun cas tenu compte de l’immense détresse
de ceux qui restent et en particulier, de celle des parents. Le dédommagement
financier, querelles d’assurances le plus souvent, ne remplacera jamais
la perte d’un enfant disparu ou mutilé pour le restant de ses jours. Je suis
personnellement convaincu que les autorités devraient davantage donner la
priorité à cet aspect de la question ou au moins, si tel n’est pas le cas,
en tenir compte plus vite et plus sérieusement.
Albert GILLIQUET Vice-Président du GAR / Responsable RED - Liège
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