Décor
théâtral,mais des clopinettes pour les responsables …
Le procès qui s’est déroulé en novembre
dernier au Tribunal de Mons est surprenant puisqu’ une affaire de
roulage a été jugée aux Assises. Ce dernier fait (la Cour d’Assises pour un
homicide involontaire et de surcroît, en matière de roulage), si exceptionnel
soit-il, n’en est pas pour autant un cas de jurisprudence, contrairement à ce
qui a été dit..
En effet, en Janvier 2003, sur le ring de Waterloo, un conducteur ivre avait été
poursuivi au terme d’un accident (collision en chaîne, avec mort d’homme),
dont il était responsable, Auteur d’une queue-de-poisson à l’origine du décès
d’une conductrice (sans compter les autres blessés), la prévention d’ « entrave
méchante à la circulation » avait été, là aussi, retenue
contre lui. Ce procès s’était achevé en jugement d’un banal accident de
la circulation avec une mort involontaire, tandis qu’au final, l’individu
s’en tirait avec une condamnation de 4
ans d'emprisonnement (assortis d'un sursis pour ce qui excédait les 6 semaines
de prison préventives), une déchéance du droit de conduire pendant quatre
ans, 240 heures de travaux d'intérêt général et environ 1.000 € d'amende …Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il doit encore exister un cas plus
ou moins semblable dans un autre arrondissement judiciaire.
Mais
revenons aux circonstances du drame relaté dans le présent article, les voici
brièvement brossées. 12 Juillet 2003,
N27 à Seneffe, en direction de Nivelles. Ce jour-là, Pierre NICAISE (23 ans),
alors qu’il circulait à vélo, était percuté par la voiture de Cédric
LAURENT (28 ans), auteur d’une course-poursuite avec celle de Sylvie MOLLE (37
ans) qui n’avait pas accepté de se laisser doubler par l’autre. Pierre
devait décéder 2 jours plus tard, tandis que son frère, Mathieu, cycliste lui
aussi, avait été grièvement blessé lors des faits. La vitesse des véhicules
a été estimée à 150 km/h, au lieu des 90 autorisés … Ceci traduit bien
l’état d’esprit de ces conducteurs.
Pourquoi
les Assises ?
Essayons d’abord de
bien comprendre comment et pourquoi ce dossier a finalement abouti devant les
Assises (Il aurait été largement plus facile de placer ces tristes sires dans
un établissement psychiatrique, quoique …). C’est assez technique mais ne
m’en voulez pas.
Il
a d’abord été nécessaire
que la Chambre du Conseil, une fois l’affaire mise à l’instruction par le
Parquet ou par la partie civile, décide de ne pas correctionnaliser le crime
retenu. Ceci ne survient que si le Parquet (le plus souvent) décide de la faire
juger en Assises. Ensuite, la Chambre du Conseil ordonne « la
transmission des pièces au parquet général » et il faut encore que
la Chambre des mises en accusation décide de renvoyer le dossier devant la Cour
d’assises..
Ne perdons pas de vue que s’il s’agit bel et bien d’un homicide
involontaire, c’est surtout la prévention d’ « entrave méchante
à la circulation » qui pèse de tout son poids. Voici donc comment
cette affaire s’est retrouvée aux Assises : c’est pourtant simple ….
Mécanisme des peines
En l’espèce, l’infraction d’entrave
méchante à la circulation routière a donc été retenue ; elle est
punissable de la réclusion criminelle de 5 à 10 ans, la peine possible étant
portée à la réclusion criminelle de 20 à 30 ans si le fait a causé la
mort d’une personne. Dans ce dernier cas, une correctionnalisation du
crime est impossible : c’est donc d’office la Cour d’Assises et
en cas de circonstances atténuantes, celle-ci peut réduire la peine à 3 ans (éventuellement
assorti d’un sursis total ou partiel) ou prononcer une peine de travail de 46
à 300h.
Quant
à l’homicide involontaire, c’est par contre un délit qui ne relève
pas de la Cour d’Assises, sauf cas particulier.
Il semble que la déchéance
du droit de conduire (sur laquelle je reviendrai plus tard) ne peut
s’appliquer lorsqu’une peine est prononcée pour entrave méchante à la
circulation.
Jugement et réflexions
3 ans de prison avec sursis pour lui, 300 heures de peines de travail pour elle :
mais qu’est-ce qu’ils s’en tirent bien ces déséquilibrés du volant, pas
avec les honneurs mais presque. Sûr qu’on a fêté cela dans leurs ménages
respectifs. (« Allez, tchin, à mon acquittement … »). De
la part des 12 jurés et des 3 professionnels en place pour juger, ce n’est
pas de la clémence, c’est de la connerie humaine dans toute sa splendeur.
C’est à tout le moins, faire montre d’une incroyable naïveté que de
croire que ces deux-là ne recommenceront pas de sitôt. Lui, « nanti »
de son sursis, elle, devant « pointer » ses 300 heures (mais où
donc ? L’histoire ne nous le dit pas : elle ira peut-être ramasser
les feuilles tombées des arbres dans un parc quelconque), pourront très vite
laisser libre cours à leur instinct. Si l’on peut raisonnablement imaginer
qu’ils ne commettront plus d’accident(s) dans des circonstances
identiques, je reste persuadé qu’ils sont tout à fait capables d’être
à la base d’autres accrocs du même acabit, et pourquoi pas, avec mort
d’homme.Ce sont des indécrottables
pour lesquels la route ne peut en aucun cas intervenir pour freiner leurs
pulsions dévastatrices : ils n’écoutent qu’eux, ne se mettent pas en
danger du tout, mais ne veulent pas tenir compte qu’ils ne circulent pas sur
une propriété privée. La route n’est plus un outil propre à se déplacer
car pour eux, c’est avant tout un lieu sur lequel s’exprimer, sans jamais
penser aux autres usagers s’y trouvant.
Mais, à propos, dites-moi,où est-on, dans quel film joue-t-on ? Si l’on se trouvait à
Zolder ou à Francorchamps, cette manœuvre de course-poursuite serait passée
inaperçue. La seule différence réside précisément dans le fait qu’ici,
ces 2 imbéciles – que dis-je ? Ces 2 assassins ! – se trouvaient
sur une Nationale. C’est à la fois effrayant et écœurant de constater
qu’il se trouve encore des conducteurs dont l’âge mental n’excède pas 10
ans, voire moins ! Grave, grave. …
Un
des avocats, le brillant Maître Ph. MAYENCE, pour Cédric LAURENT, dira même qu’
« il s’agit d’un mauvais réflexe » : il vaut
mieux entendre ça qu’être sourd. Il précisera par ailleurs qu’
« il ne trouve pas adaptée cette qualification d’entrave méchante » ,
affirmant avec son confrèreque « pour qu'il y ait cette
entrave, il fallait nécessairement une intention de nuire ». Ce qui,
selon eux, n'était pas le cas. Sur ce dernier point, je ne pense pas que l’on
puisse leur donner totalement tort. Il reste cependant qu’il y a eu
effectivement mort d’homme et blessures graves (dans le chef de Mathieu) et
que cela reste largement intolérable : les accusés auraient donc dû être
jugés en conséquence, ce qui n’est visiblementpas le cas.
Autre point :
comment se fait-il que l’on n’ait pas prononcé de déchéance du permis de
conduire ? La réponse figure plus haut (comme dirait l’autre, c’est
loi) mais une fois encore, c’est insupportable et totalement illogique,
absurde même. En clair, cela signifie que, puisqu’ aucune peine de prison
ferme n’a été retenue, ces cinglés vont paisiblement et immédiatement
vaquer à leurs occupations, sans même devoir se soucier de leurs condamnations
respectives.
Dernière chose : au GAR, on ne
nous enlèvera pas de la tête que si les 2 conducteurs avaient comparu en
Tribunal de Police ou en Correctionnel, ils auraient très certainement dû
faire face à des peines plus rudes, plus sévères. Les exemples foisonnent,
mais la place manque pour les citer …
Depuis 6 ans que j’assiste régulièrement
aux audiences des procès, je veux me convaincre que la justice évolue en matière
d’accidents la route et de sévérité envers certains responsables de
drames qu’ils ont provoqués. Avec ce procès-ci, je suis sorti de mon rêve
et me dis qu’il y a encore bien du pain sur la planche pour que cette justice
prenne enfin conscience de ses responsabilités : à quoi bon enfermer un
voleur à la tire de modeste envergure, alors qu’on laisse en liberté des
conducteurs coupables d’avoir tué par un comportement totalement inadapté à
la conduite d’un véhicule.
Albert GILLIQUET
Vice-président
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Mon Cher Albert,
Au milieu de ce chaos, arrogance et
archaïque par dessus le marché , La justice invisible ne donne pas la
parole aux effacés au champ citoyen masse silencieuse et douloureuse qui déborde
du seul cadre,
de l’exclusion…..
Voyons , on est Démocrate et Républicain,
on aide même les Criminels " payées par la collectivité toute
entière " à s’en sortir pour qu’ils s’en sortent bien,
qu’ont y réussiront mieux que leurs Victimes.
En route pour le Paradis ou la
route pour l’Enfer ?
Les spécialistes estiment que les
attitudes des pouvoirs publics et particulièrement " la
justice " agissent directement sur les chiffres de la mortalité sur
nos routes. Ainsi lorsque le gouvernement resserre l'étau, le nombre de morts
baisse significativement, et inversement…
En ce sens, je ne considère pas
que la justice apporte aujourd'hui quoi que ce soit d'intéressant. Il n'y a
aucune raison à priori pour que la structure de la justice à grande échelle
soit homogène !le mécanisme est toujours le même, les variantes sont
infinies….
C’est la porte ouvert à la
barbarie ! Ce qui saute aux yeux , tout le monde le sent bien , depuis
une bonne décennie sinon plus, c’est une machine à reproduire les inégalités
sociales, exactement le contraire de ce qu’il devrait être.
Faut-il recourir aux poings et au
couteau quand on est abusé ? Elle donnerai plutôt envie de brûler……Oui....
je sais je suis dans les provocations tout le temps ! Ma révolte est légitime
et justifiée!
Ce sont les questions qui fâchent
, sauf qu’ il faut le dire, la vie sous la République n’est pas
marante quand on est victime d’une injustice sociale !
Les formules d'encouragement ne
manquaient pas notamment... T'en fais pas la Roue tourne. Tu verras la Roue
tourne… En effet, un beau jour la Roue tourna, mais ce jour là fut le
dernier car...
On était dessous !
Lili Maman d'Atta OLOUMI
Cher
Albert
Bravo
à Beb (notre journaliste du GAR) pour le compte-rendu du procès des assises à
Mons. C'était de la poudre aux yeux pour les familles des victimes. Autant dire
qu'il eut été préférable de les juger au tribunal de police : ils
auraient peut-être pris 18 mois. Pour juger des tueurs sur la route aux
Assises, il faut d'abord changer le code pénal et ériger la loi en homicide
volontaire ou coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans
intention de la donner. Les peines seraient alors plus lourdes: jusqu'à cinq
ans. Au bon vouloir du juge, bien sûr.